Voltaire et le Timor à l’honneur chez Barbier-Mueller

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Le Musée Barbier-Mueller fête cette année ses 40 ans. A cette occasion, de nombreux événements sont prévus comme le prêt d’oeuvres issues de leurs collections à d’autres musées de la Ville de Genève, de Suisse et même à l’étranger.

Dans le cadre du cycle de conférences organisé pour les 40 ans du Musée Barbier-Mueller et du prêt d’œuvres de Timor au Musée Voltaire de la Bibliothèque de Genève du 19 au 27 mai 2017, j’ai eu le privilège, ce midi, de faire une conférence sur Voltaire et le prince de Timor, au coeur de la belle exposition sur les Arts de la Côte d’Ivoire.

Il a été l’occasion de faire un bref rappel historique sur l’exploration de l’île de Timor, d’abord par les Portugais puis par les Néerlandais, ainsi que son rôle stratégique dans cette région des Moluques. Le survol historique a conduit mon auditoire, essentiellement féminin, à passer en revue les grands faits du XVIe au XXIe siècles. Ce fut également l’occasion de mentionner que l’organisation politique et administrative timoraise se définit à trois niveaux : le village, géré par le territoire princier (suco), lui-même dirigé par le royaume (liurai).

Pour faciliter leur installation, les Portugais profitent de l’aide d’un groupe appelé Topasses. Ces Topasses sont des métisses, descendants de soldats, marins et commerçants portugais de Malacca et Macao qui se sont mariés avec des femmes de la région. L’administration coloniale et les Topasses ne s’imposent toutefois jamais vraiment aux structures locales : tout juste parviennent-ils à minimiser l’influence des liurais. Or cet échec a paradoxalement permis d’éviter une réelle destruction de la société est-timoraise. Ces éléments étant importants pour la compréhension ethnographique et anthropologique de cet ancien territoire portugais d’Outre-mer.

La partie centrale de ma présentation était destinée à se pencher sur Voltaire et un prince de Timor. Appuyé principalement sur les études d’Anne Lombard-Jourdan, d’Emeka Abanime et sur les magnifiques découvertes faites par Frédéric Durand dans son ouvrage, richement documenté, Balthazar – Un prince de Timor en Chine, en Amérique et en Europe au XVIIIe siècle (Ed. Indes Savantes, 2015); j’ai ainsi pu relater l’histoire de ce jeune prince, Pascal-Jean-Balthazar Celse, parti de Timor avec son précepteur, un dominicain prénommé Ignace, en Europe afin de découvrir la civilisation européenne. Leur aventure se déroule cependant pas de la manière prévue, puisque le jeune prince de Timor et de Solor est dépouillé de ses richesses et abandonné, une fois en France, par le père Ignace. Malgré ses efforts et les appuis qu’il trouve en France, il ne réussit jamais, à retourner à Timor.

A un moment où il dépose une Requête au roi, son avocat lui suggère d’interpeller celui qui est réputé pour son éloquence et sa capacité à défendre de grandes causes (Calas, Sirven, le Chevalier de la Barre, etc.) : François-Marie Arouet, dit M. De Voltaire. Trois courriers sont ainsi échangés : un entre Balthazar et Voltaire (11 décembre 1768), un autre entre l’avocat Lethinois et le philosophe (16 décembre 1768) et une réponse du seigneur de Ferney à l’avocat (27 décembre 1768). C’est donc autour de ces courriers que mon discours s’est construit et que nous avons pu esquisser les raisons pour lesquelles Voltaire n’interviendra pas pour ce prince, qu’il ne prend pas beaucoup au sérieux.

La conférence s’est conclu par une mention de l’art maubere et des pièces qui seront visibles au Musée Voltaire dès le 19 mai 2017 à savoir : un masque (illustrant ce post), deux cuillères sculptées en corne de buffle et un taïs (tissu traditionnel).

Afin de découvrir ce dialogue entre Voltaire et le Timor, je vous convie à venir aux Délices le 20 mai 2017, à l’occasion de la Nuit des Musées pour une soirée exceptionnelle autour du XVIIIe siècle, de Voltaire et de Timor.

A tout bientôt !

Crédit photographique : Masque facial. Îles de la Sonde, Timor occidental, peuple Atoni. Bois, épaisse patine de suie. H. 22,2 cm., Inv. 3728. Musée Barbier-Mueller, photo Studio Ferrazzini Bouchet.

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